Une pointe d'ironie ne fait jamais de mal à personne, pourtant, ce projet a tout pour susciter le débat, l'engouement et surtout la critique. De son annonce, durant la campagne, peu de temps après le référendum constitutionnel européen (et le "non" français qui montre que l'enjeu européen a moins d'importance que la réalité ou non des comptes off-shore de leur président...), une annonce ponctuée par l'absence de l'UE dans l'UPM, au choix du siège (Tunis ou Marseille, peut-être Tripoli, et finalement pourquoi pas Barcelone puisque l'enlisement du processus y était si parfait), ce projet n'a cessé de perdre en crédibilité.
Ambitieux? Il l'a été. Trop? C'est une certitude. Créer une Union Pour la Méditerranée, intégrant uniquement les pays riverains est une erreur politique de taille. L'Allemagne ou l'Angleterre n'ont pas manqué de le rappeler à notre président. En effet, celui-ci avait trop vite oublié que Gibraltar était encore sous domination Anglaise, que la couronne britannique comptait dans son empire la grande Egypte et qu'elle conservait un oeil attentif sur la région. L'Allemagne, sous le prétexte de préserver la cohésion de l'Union Européenne, n'a fait que rappeler à la France que des germanophones vivaient en Croatie, que l'Allemagne avait une influence conséquente sur la rive est et qu'il fallait compter sur son avis. Ainsi, 44 pays sont désormais impliqués dans l'Union.
Que dire de l'intégration de la ligue Arabe au côté d'Israël? Pas grand chose, si ce n'est que les pays arabes ont immédiatement saisi le pourquoi du comment et notamment la raison pour laquelle eux, si longtemps écartés des intérêts économiques occidentaux, se voyaient proposer un poste d'"importance stratégique", Khadafi héritant du poste de Président de l'UPM.
Quid de la Turquie? Longtemps prétendante à l'Union Européenne, lui voilà offert une pillule qui lui sera d'autant plus difficile à avaler qu'elle connaît parfaitement la vision de l'initiateur du projet. Sarkozy, comme d'autres, étant CONTRE, son intégration.
Inconscient? Peut-être. Le passé est passé à la trappe. Les pays de l'UPM n'ont en commun qu'une relation historique difficile, basée sur les tensions entre le Monde Musulman et l'Europe Chrétienne, entre les colonisateurs et les colonisés, entre le monde développé et le monde sous-développé. Comment harmoniser l'ensemble? C'est la plus grande question que doivent se poser les leaders du projet. Géopolitiquement, les Européens ont oublié un aspect important. Derrière les frontières du Maghreb se trouvent des pays qui ne comprennent pas pourquoi ils ne sont pas de la partie, pourquoi ces projets se font sans eux alors même qu'eux aussi sont dans une situation difficile. A l'est d'Israël, la région est instable, grandement instable et de Grandes Nations comme la Russie, la Chine ou les USA avaient eux aussi des projets de grande ampleur pour le pourtour sud de la Méditerranée (comme le montre les investissements de plus en plus importants de la Chine). Au sein même de l'UPM, certains pays sont d'une instabilité chronique comme la Syrie, la Lybie, l'Algérie dont la chute du prix du brent ne fait que renforcer les craintes de pays qui ne produisent rien et importent tout. Une union ne peut être en aucun cas une solution viable à court terme. Les investisseurs ne fuyant pas ces pays faute d'intégration mais par peur de l'avenir.
Reste-il du positif? Bien évidemment, mais sous certaines conditions. Tout d'abord que les pays méditerranéens arrivent à trouver des consensus autour des projets prônés par l'UPM (eau, autoroutes maritimes...). Ensuite, que les pays du sud mettent de l'eau dans leur vin pour atténuer les tensions historiques, qu'ils acceptent le leadership des pays européens et qu'en contre-partie, ceux-ci acceptent d'intégrer pleinement ces pays dans les phases de réflexion et d'application. Enfin, que l'UPM trouve politiquement des fondements solides nécessaires à sa concrétisation, des fondements qui lui donnent une légitimité vis-à-vis des partenaires de la région et des peuples qui sont appelés à coopérer. C'est peut-être le plus gros chantier.
Je dois rédiger un rapport de 60 pages sur la question. Je voulais axer ma problématique sur les questions géopolitiques qui se posent au sein de l'UPM. J'aimerais savoir ce que vous aimeriez trouver dans un tel rapport et sous quelle forme.

